Douleur chronique, douleur aiguë, douleur persistante, Marc-Olivier Gignac nous éclaire.

Spécialiste de la santé kinésiologue accompagnant un patient ayant des douleurs de dos

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Il existe différents types de douleurs, parfois difficiles à distinguer. De plus, la façon de les atténuer diffère et peut, dans certains cas, devenir très complexe.

Nous avons demandé des explications à un spécialiste des douleurs chroniques et persistantes. Marc-Olivier Gignac, kinésiologue depuis 2007, s’est concentré après ses études dans l’ergonomie au travail. Après s’être beaucoup penché sur le sujet, il est devenu spécialiste en douleur persistante pour travailler en clinique afin de voir le lien entre la réadaptation physique et la remise à l’effort. Il a pu expérimenter les bienfaits du reconditionnement physique structurel, puis en voir l’impact au quotidien et au travail.

 

Peux-tu définir la différence entre douleur persistante, douleur aiguë et douleur chronique?

La douleur aiguë est directement liée avec une blessure. Petite blessure : faible douleur, grande blessure : forte douleur.

La douleur persistante et la douleur chronique vont de pair. Ce sont des termes qui n’ont plus nécessairement de lien avec la guérison d’une lésion. Je peux avoir eu une fracture au bras, constater ne plus avoir de séquelle grâce à une radiographie, mais cependant avoir une douleur qui persiste. Cette douleur est souvent inexplicable car la blessure ne présente aucun symptôme physique. Dès lors, on peut conclure qu’elle est davantage reliée au système nerveux central. Lorsque ce dernier émet une douleur non conventionnelle et non nécessaire, c’est là qu’on va parler de douleur chronique/douleur persistante.

 

Comment est-ce que tu conjugues avec les différents diagnostics médicaux?

En général, mes patients ont déjà reçu un diagnostic. En douleur chronique, le but n’est pas de mettre des mots sur ce que la personne a, mais plutôt d’identifier les symptômes, les comprendre, puis d’essayer de travailler avec pour les atténuer et essayer de les faire disparaître.

Ce qui est complètement différent d’une douleur aiguë. Après s’être cassé le bras, l’origine de la douleur étant évidente, j’ai besoin d’une consolidation médicale pour commencer une rééducation spécifique.

Mais en douleur persistante, l’important est de soulager des symptômes qui peuvent se prolonger plus de 6 mois après avoir soigné une lésion, afin que la personne ait moins mal au quotidien. Ce qui amène une complexité complètement différente.

Par exemple, j’augmente la charge d’entraînement d’une patiente. On constate ensuite une diminution des symptômes au fil des semaines. Lorsque je lui parle de reprendre le travail, les symptômes et les douleurs réapparaissent. Pourtant, rien n’a changé. Le programme est le même, tout comme les exercices et les charges. Mon questionnement devient alors : as-tu des craintes face à un éventuel retour au travail? Voilà d’où viennent par exemple les douleurs persistantes de dos. On est nuancé entre la définition de la douleur réelle et la douleur que le corps envoie pour se défendre contre un ‘’agresseur’’. L’agresseur, dans ce cas-ci, peut être la crainte psychologique à reprendre des tâches de travail.

 

As-tu une liste de facteurs externes qui peuvent influencer l’apparition de tels symptômes?

Oui, tout ce qui touche au psychosocial :

  • Kinésiophobie,
  • Environnement à la maison,
  • Stress financier,
  • Relation avec l’employeur,
  • Échéances,
  • Pression,
  • etc.

De plus, lorsqu’aucune durée précise n’est assignée à un temps d’arrêt, les plans de réadaptation ont tendance à se prolonger. Ce sont tous ces facteurs externes qui amplifient les symptômes et qui, dans certains cas, peuvent profiter aux patients.
Par exemple, s’ils sont bien assurés, ils gagnent plus à ne pas travailler. Ça devient alors difficile de programmer un plan de réadaptation : il se peut que l’arrêt de travail diminue les craintes financières pendant un certain temps.

Mon travail en tant que kinésiologue est de les convaincre de bouger plus et de se maintenir en forme pour retourner travailler malgré cet aspect financier. C’est là que tombe le challenge; être capable de créer un lien de confiance dans le but de les aider à aller mieux.

 

Les différentes douleurs pouvant survenir chez un individu font preuve d’une étonnante complexité. Certaines ont une source clairement identifiable (douleur aiguë) et la rééducation se fait naturellement avec un accompagnement, tandis que d’autres sont plus complexes (douleur persistante) et les soins doivent passer par une compréhension du patient et de sa douleur, un suivi et une relation de confiance avec le kinésiologue.


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