Activité physique et cancer

Saviez-vous qu’environ 158 personnes par jour reçoivent un diagnostic de cancer au Québec en 2021 [1] et ce nombre continuera d’augmenter au cours des prochaines décennies? L’annonce d’un diagnostic de cancer représente inévitablement un stress important pour la personne et ses proches. Pour réduire le fardeau de la maladie et des traitements, il existe des interventions qui peuvent être complémentaires au traitement principal, telles que la pratique d’activité physique. Il est connu qu’un mode de vie physiquement actif tout au long de la vie est à privilégier; des études montrent même que la pratique d’activité physique contribue à diminuer le risque de certains cancers [2,3].

 

Bouger avec un cancer, mais pourquoi ?

Tout d’abord, rappelons que l’activité physique représente tout mouvement du corps produit par les muscles squelettiques qui entraîne une dépense d’énergie [4]. L’activité physique peut être effectuée dans les domaines du loisir, du transport, du travail ou des tâches domestiques.[4] Elle peut être pratiquée dans un contexte individuel, en groupe plus ou moins structuré, ou en équipe sportive. L’activité physique avant, pendant et après les traitements pour le cancer est reconnue comme efficace et sécuritaire. Elle permet une meilleure tolérance aux traitements pour le cancer, réduit certains effets secondaires et entraîne de nombreux bénéfices sur la santé physique et psychologique [5].

Spécifiquement chez les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer, l’activité physique régulière permet notamment de réduire la fatigue [6,7], la douleur [8,9], les symptômes d’anxiété et de dépression [8,10,11],  en plus d’améliorer la qualité de vie [7, 12] et les capacités physiques fonctionnelles [5].  L’activité physique est également associée à une diminution de la durée d’hospitalisation [13,14] du risque de récidive du cancer et de mortalité par cancer ou pour toutes autres causes [15].

Comment bouger de façon sécuritaire ?

RECOMMANDATIONS 

Activité physique pour les personnes vivant avec le cancer

  • 90 minutes hebdomadaires (3 x 30 minutes) d’activité aérobie d’intensité modérée
  • 2 séances hebdomadaires de renforcement musculaire
  • Éviter l’inactivité au quotidien

En 2010, l’American College of Sport Medicine publiait  les premières recommandations [16] d’activité physique spécifiques aux individus ayant reçu un diagnostic de cancer. Comme pour la population générale, il est recommandé aux adultes ayant reçu un diagnostic de cancer de cumuler 150 minutes d’activité physique aérobie d’intensité modérée par semaine accompagnées de deux séances hebdomadaires d’exercices de renforcement musculaire. La mise à jour des lignes directrices en 2019 [5] souligne que les plus récentes données probantes recommandent d’effectuer au moins trois séances de 30 minutes d’activité physique aérobie d’intensité modérée par semaine (voir les recommandations). Ces recommandations mettent aussi en relief l’importance d’éviter l’inactivité physique en intégrant de brèves périodes de mouvement toutes les 60 minutes. Au final, bouger un peu chaque jour est toujours mieux que pas du tout.

Le kinésiologue formé en activité physique et cancer est un professionnel de choix pour accompagner adéquatement les individus ayant reçu un diagnostic de cancer vers l’atteinte de ces recommandations en activité physique.

 

Quel est le meilleur moment pour commencer à bouger ? 

Pour les personnes inactives ou peu actives, il est recommandé de débuter l’activité physique le plus tôt possible, soit dès l’annonce du diagnostic de cancer. Toutefois, il n’est jamais trop tard pour intégrer l’activité physique dans ses habitudes de vie.

Les objectifs visés et les bénéfices recherchés par l’activité physique varient dans le temps en fonction du diagnostic et des traitements :

  • Avant la chirurgie ou le début des traitements (phase de préadaptation), l’activité physique régulière et structurée vise à optimiser la santé physique et psychologique de la personne avant les traitements pour atténuer le déconditionnement physique, réduire le stress et l’anxiété associés à l’annonce du diagnostic et aux traitements à venir, réduire le risque de complications suite à la chirurgie et/ou les traitements pour le cancer et accélérer la récupération post-traitements;
  • Pendant la période de traitements, il est aussi possible d’être actif; une pratique d’activité physique adaptée à la condition et aux capacités du patient est essentielle. Il est connu que les traitements comme la chimiothérapie ou la radiothérapie peuvent avoir des effets secondaires considérables qui affectent le fonctionnement du corps (ex. : fatigue, faiblesse musculaire, essoufflement à l’effort). Ainsi, la pratique d’activité physique pendant la période de traitements vise à maintenir les capacités physiques fonctionnelles de l’individu;
  • Après la chirurgie ou les traitements (phase de réadaptation), la pratique d’activité physique vise à augmenter la tolérance à l’effort et l’endurance pour préparer le retour aux études, au travail ou aux occupations de la vie quotidienne. L’activité physique permet également de réduire à long terme les nombreux symptômes associés au cancer et à ses traitements mentionnés précédemment (ex. : fatigue, symptômes d’anxiété et de dépression) qui peuvent se faire sentir sur de longues périodes, plusieurs mois et parfois plusieurs années après la fin des traitements.

En terminant, précisons que le kinésiologue formé en activité physique et cancer est un allié essentiel pour accompagner les individus ayant reçu un diagnostic de cancer vers une pratique d’activité physique sécuritaire, optimale et adaptée. Nous abordons le rôle du kinésiologue dans la promotion et l’encadrement de l’activité physique auprès des personnes ayant reçu un diagnostic de cancer dans un autre article.

 

Autrices :

  • Alexia Piché, étudiante à la maîtrise en sciences de l’activité physique [1, 2],
  • sous la supervision de Isabelle Doré, PhD, professeure adjointe [1, 2, 3],
  • en collaboration avec Lise Gauvin, PhD FCAHS, professeure titulaire [2, 3].

 

[1] École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique (EKSAP), Faculté de médecine, Université de Montréal.

[2] Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM).

[3] Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique (ESPUM), Université de Montréal.


Bibliographie

[1] Fondation québécoise du cancer. Faits et statistiques sur le cancer. Fondation québécoise du cancer https://fqc.qc.ca/fr/information/le-cancer/statistiques.

[2] Friedenreich, C. M., Neilson, H. K. & Lynch, B. M. State of the epidemiological evidence on physical activity and cancer prevention. Eur. J. Cancer 46, 2593‑2604 (2010).

[3] Kushi, L. H. et al. American Cancer Society Guidelines on nutrition and physical activity for cancer prevention: reducing the risk of cancer with healthy food choices and physical activity. CA Cancer J. Clin. 62, 30‑67 (2012).

[4] Organisation mondiale de la santé. Activité physique. Organisation mondiale de la santé https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/physical-activity.

[5] Campbell, K. L. et al. Exercise guidelines for cancer survivors: Consensus statement from international multidisciplinary Roundtable. Med. Sci. Sports Exerc. 51, 2375‑2390 (2019).

[6] Mustian, K. M. et al. Comparison of Pharmaceutical, Psychological, and Exercise Treatments for Cancer-Related Fatigue. JAMA Oncology vol. 3 961 (2017).

[7] Buffart, L. M. et al. Effects and moderators of exercise on quality of life and physical function in patients with cancer: An individual patient data meta-analysis of 34 RCTs. Cancer Treat. Rev. 52, 91‑104 (2017).

[8] Albrecht, T. A. & Taylor, A. G. Physical activity in patients with advanced-stage cancer: a systematic review of the literature. Clin. J. Oncol. Nurs. 16, 293‑300 (2012).

[9] Alfano, C. M. et al. Physical activity, long-term symptoms, and physical health-related quality of life among breast cancer survivors: A prospective analysis. J. Cancer Surviv. 1, 116‑128 (2007).

[10] Craft, L. L., Vaniterson, E. H., Helenowski, I. B., Rademaker, A. W. & Courneya, K. S. Exercise effects on depressive symptoms in cancer survivors: a systematic review and meta-analysis. Cancer Epidemiol. Biomarkers Prev. 21, 3‑19 (2012).

[11] Brunet, J., O’Loughlin, J. L., Gunnell, K. E. & Sabiston, C. M. Physical activity and depressive symptoms after breast cancer: Cross-sectional and longitudinal relationships. Health Psychol. 37, 14‑23 (2018).

[12] Gerritsen, J. K. W. & Vincent, A. J. P. E. Exercise improves quality of life in patients with cancer: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Br. J. Sports Med. 50, 796‑803 (2016).

[13] Cheville, A. L., Moynihan, T., Herrin, J., Loprinzi, C. & Kroenke, K. Effect of Collaborative Telerehabilitation on Functional Impairment and Pain Among Patients With Advanced-Stage Cancer: A Randomized Clinical Trial. JAMA Oncol 5, 644‑652 (2019).

[14] Wonders, K. Supervised, individualized exercise programs help mitigate costs during cancer treatment. J Palliat Care Med 8, (2018).

[15] Lahart, I. M., Metsios, G. S., Nevill, A. M. & Carmichael, A. R. Physical activity, risk of death and recurrence in breast cancer survivors: A systematic review and meta-analysis of epidemiological studies. Acta Oncol. 54, 635‑654 (2015).

[16] Schmitz, K. H. et al. American College of Sports Medicine roundtable on exercise guidelines for cancer survivors. Med. Sci. Sports Exerc. 42, 1409‑1426 (2010).

Par Alexia Piché, étudiante à la maîtrise en sciences de l'activité physique, l'équipe Mon Kinésiologue
31 mars 2022
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